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27/06/2016 
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Interview Celine Tran (Ex-Katsuni)




 
 
 
Interview de Céline Tran/ Ex-Katsuni


 
AlloDoublage : Après une carrière internationale qui aura duré 13 ans ( 36 Awards internationaux), vous avez décidé de mettre fin à votre carrière dans l'industrie de films pour adulte en 2013. Qu'est-ce qui vous a poussé à arrêter? Les préjugés ont ils la vie dure 3 ans après votre reconversion?

J'ai arrêté pour les mêmes raisons pour lesquelles j'avais commencé : le plaisir. Pas seulement physique, mais aussi mental, celui d'explorer. Après plus de 10 ans j'avais fini ma petite quête personnelle. J'aurais pu continuer à en vivre mais il me faut plus pour m'investir dans quelque chose. Il était naturel d'évoluer, de continuer à apprendre et le champ du possible est infini! J'ai donc décidé de poursuivre ma voie devant la caméra mais d'une autre manière, ça me plaît de transmettre autre chose. Oui il y aura toujours des préjugés, c'est humain. Je n'en veux pas aux personnes qui me voient avant tout comme une "hardeuse", après tout j'ai mené avec succès cette ancienne carrière. Restent à voir si ces gens sont suffisamment curieux pour voir ce que je fais maintenant. Mais je n'ai personne à convaincre, pour moi l'important est de faire les choses bien et pleinement, c'est à moi de faire mes preuves. Le reste suit. D'ailleurs j'ai depuis concrétisé de jolis projets. ( tournages, BD, mix...)

Comment se passe la phase de reconversion lorsque l'on arrête une carrière internationale dans le X et que l'on tente de tourner des films traditionnels? Doit on tout recommencer depuis le début ou cela aide-t-il à avoir certains "passes droits"?

C'est à double tranchant. La notoriété aide à entrer en contact avec les gens mais ils peuvent aussi avoir des préjugés. Ces derniers tombent dès l'instant où la rencontre se fait, il est important de savoir à qui on a à faire et c'est à moi de montrer autre chose que l'image anciennement véhiculée. Il est aussi nécessaire de faire le tri car beaucoup ne pensent qu'au "buzz", ils veulent exploiter ma fan base et proposent des projets trop " faciles" et opportunistes. Ce genre de collaboration ne m'intéresse pas. Il faut qu'il y ait du sens, une idée et un feeling partagés. Pour établir un réseau mon ancien statut peut accélérer les choses mais il crée beaucoup de peurs et de blocages. Ce n'est pas grave, je suis persévérante et je préfère travailler avec les personnes qui s'investissent à 100% et sont prêtes à prendre des risques.

Aujourd'hui vous avez abandonné le pseudonnyme "Katsuni" pour reprendre votre véritable identité. Vous êtes comédienne, on a pu vous voir jouer dans différents projets tel que "Les Kaïras", "Le Visiteur du Futur", "Heartbreaker" ou encore "Destricted". Qu'est-ce qui vous a attiré dans ces projets?

Oui lorsque j'ai pris la décision d'arrêter complètement ma carrière dans le X il était naturel que je "revienne à moi-même " et que je quitte un nom qui était devenu une marque directement associée aux vidéos X. Il ne s'agit pas de vouloir oublier le passé mais de se concentrer sur le présent et la nouvelle voie à suivre. Tous ces projets se font faits de manière très spontanée. Je connaissais la team des Kaïras avant qu'ils ne diffusent leurs premiers sketches. J'ai participé à l'un deux ( "Le calendrier") puis au long-métrage pour y jouer mon propre personnage de"Katsuni". Il y avait une valeur affective dans ce projet, on se connaissait tous un peu, c'était aussi un premier film pour Franck Gastambide. Le Visiteur du Futur fut ma première expérience de tournage post X, et quelle expérience ! C'était fou de se retrouver à jouer le personnage le plus prude de la série. Et encore plus fou aujourd'hui de croiser des gens qui m'appellent " La Baronne", d'avoir des enfants me demander des autographes. C'est très touchant. Pouvoir exciter et faire fantasmer m'a apporté beaucoup de plaisir mais pouvoir faire rire et sourire ça n'a pas de prix!

Heartbreaker est le nom d'une BD que j'ai coécrite avec Run pour le Label 619- Ankama Éditions en 2014. À cette occasion nous avons tourné un trailer promotionnel sous forme de fausse bande annonce dans l'esthétique films "Grindhouse". C'est ma 1 ère expérience de vidéo d'action et elle a été déterminante puisque depuis je n'ai jamais cessé de m'entraîner, ce qui me mène en ce moment-même à jouer mon premier rôle dans un long-métrage d'action.



Quant à Destricted c'était en 2006, Gaspar Noé m'avait contactée pour son court métrage "We fuck alone" pour un projet classé X qui rassemblait des réalisateurs de renom. Ma performance dans ce film est donc classée X mais au lieu de tomber dans les rayons des sex-shops nous avons été présentés au festival de Sundance et exposés au musée d'art moderne de Londres. Comme quoi, ce n'est pas tant la nudité ou le sexe explicite mais beaucoup plus le discours et qui le prononce, qui vont déterminer le regard des gens.

 En 2009 vous avez participé à la version française du film "Les Lascars". Comment s'est déroulé l'enregistrement était-ce de la création de voix ou de la synchro? Quel souvenir gardez-vous de cet enregistrement? Avez-vous une anecdote à nous raconter sur ce film?

C'était de la création de voix, je n'ai vu les images qu'à la diffusion. J'ai prêté ma voix pour l'épisode"Ni gigolo ni soumis" puis le long-métrage. On a enregistré dans leurs bureaux, avec IZM et ElDiablo. Session assez rapide, je n'avais aucune expérience dans ce domaine, j'ai pris ça comme un jeu et j'en garde un très bon souvenir. Pour l'anecdote, rien de particulier sur l'enregistrement mais en revanche j'ai ensuite recroisé le chemin d'Eldiablo des années plus tard puisque tous les deux nous travaillons pour la maison d'édition Ankama cette fois-ci dans le domaine de la BD..



Qu'est-ce que cette discipline du métier de comédien vous apporte sur le plan personnel? Qu'est-ce qui vous attire dans les différents métiers de la voix?

L'interaction entre mes activités professionnelles et ma vie personnelle est toujours constante. L'une nourrit l'autre dans un rapport réciproque et me permet d'évoluer. J'aime le métier de comédienne car il consiste à ressentir et transmettre. J'aime l'idée d'être la pièce d'un puzzle dont le dessein est de raconter une histoire. La vocation d'une actrice X se résume à une chose : exciter. Bien souvent son image est celle d'une poupée muette car c'est la le fantasme que les hommes cherchent en elle, celle de la partenaire insatiable qui gémit de plaisir et qui dit toujours oui. Il y a aussi du plaisir à jouer ce type de personnage, car oui, il s'agit bel et bien d'un jeu. Mais il était temps pour moi d'explorer quelque chose de nouveau. Se détacher de l'image fait aussi beaucoup de bien. S'exercer aux métiers de la voix c'est se concentrer sur une autre manière de véhiculer, travailler d'autant plus les intonations, les respirations, c'est très subtil et technique. Je n'ai jamais vraiment eu conscience de ma voix, je réalise aujourd'hui qu'il est temps de la "travailler" pour mieux l'utiliser au service du jeu. Cela me plaît énormément d'aborder cette spécificité. J'ai beaucoup à apprendre et tant mieux. Il n'y a que dans cette dynamique que je me sens évoluer. Je suis reconnaissante envers les quelques professionnels que j'ai déjà pu croiser dans ce milieu et qui m'ont prodigué leurs conseils.

Depuis quelques années, de nombreux distributeurs font appel à des célébrités (pas forcément comédien) pour prêter leurs voix à des personnages animés et participer à la promotion du film sur internet et sur les plateaux télé. Qu'est-ce que cela vous inspire? Avez-vous déjà été solicitée pour faire du Star Talent en doublage en dehors de la VF du film "Les Lascars"?

C'est avant tout du marketing. Il est logique et stratégique que les distributeurs fassent appel à des personnalités dont la notoriété et le capital sympathie attireront le public. J'ai actuellement un projet de long-métrage d'animation mais rien n'est confirmé. Je me suis retirée plusieurs années à Los Angeles et ai pas mal ralenti les médias ces derniers temps, mais aujourd'hui je suis de nouveau à Paris et je me concentre pleinement sur ma carrière d'actrice, je suis plus à l'écoute de ce type de projet. Tout est à venir.

Vous êtes également auteur de la BD "DoggyBags". Est-ce pour vous un nouveau moyen de communication ou une expérience passagère?

Céline Tran : Au départ il s'agissait d'un "one shot" mais l'écriture pour Doggybags se déroule tellement bien qu'elle n'est pas prête de s'arrêter. Avec Run, le directeur de collection du Label 619 et créateur de Doggybags, nous finissons le tome 2 de Heartbreaker que nous envisageons comme une trilogie. Parallèlement je compte bien continuer à collaborer avec le Label 619 pour d'autres projets dont des scénars de BD. J'ai toujours aimé écrire et je suis fan de BD et cinéma, c'est une activité rêvée.

La littérature est une de vos passions, mais avez-vous déjà été contactée pour faire des lectures publiques ou des livres audio?

J'ai été invitée en 2012 sur Europe 1 à l'émission "Chaude est la nuit" de Sophie Bramly où je devais lire un extrait de littérature érotique de mon choix, j'avais choisi l'auteur Anaïs Ninn. Très bon souvenir. Puis c'est le Festival de la Littérature à Voix Haute " Livres en tête" qui m'a contactée pour être marraine aux côtés de Bernard Pivot. Soirée exceptionnelle. J'ai été bluffée par la prestation des lecteurs professionnels qui ont animé l'évènement. J'avais très envie de suivre des cours de lecture à voix haute à la Sorbonne afin de me prêter ensuite à un prochain festival en tant que lectrice, mais étant peu à Paris c'était compliqué. L'envie est toujours là, il y aura peut-être d'autres occasions. Je n'avais pas songé aux livres audio mais oui pourquoi pas! Lire / jouer des œuvres littéraires quelque soit le genre m'intéresse, avec une préférence pour les récits d'horreur et les contes.

Quelles sont vos actualités?

Je suis actuellement sur le tournage de la comédie d'action au Cambodge où je joue l'un des rôles principaux. Ma BD Heartbreaker #2 (Ankama Éditions) devrait sortir en début d'année. J'ai d'autres projets de long-métrages en préparation à l'étranger. Enfin je viens de rajouter une corde qui mon arc avec le mix en signant avec l'agence Tête d'Affiche. J'ai fait mes 1ers "DJ sets" à l'Aeronef de Lille, le Fantôme à Paris et ai joué pour la Villa Schweppes au festival de Cannes. C'est bien parti!

Comment voyez-vous votre carrière de comédienne dans 10 ans? Les métiers de la voix vous attirent-ils aujourd'hui?

Céline Tran : Je préfère me concentrer sur le présent et faire les choses bien, par étape. Je suis mes envies et mon instinct et je ne peux rien garantir sur l'avenir. Tout ce que je sais c'est que tant que j'ai encore à explorer dans ces voies, j'y reste, et je ne suis pas sûre que 10 ans suffisent! Mais oui, dans 10 ans j'aurais acquis l'expérience et espérons-le, la reconnaissance qui va avec. Il n'y a pas de secret : il faut bosser, bosser, bosser.

Celine Tran, merci!

           
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